Espace consacré aux essais et réflexions de Gaspard-Hubert Lonsi Koko au regard de ses divers engagements et convictions.
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samedi 15 mars 2025
La mort dans la bravoure et non la cession des terres ancestrales dans la lâcheté
En référence à l’histoire antique et aux guerres médiques, après avoir été pris sur leurs arrières à la suite d’une manœuvre de contournement par l’armée perse de Xerès Ier, la plupart des Grecs ont déserté le champ de bataille. Par conséquent, en dépit d’une infériorité numérique, 300 soldats spartiates commandés par le roi Léonidas Ier et 700 autres soldats sous les ordres de Démophilos de Thespies avaient décidé de protéger l’entrée du passage des Thermopyles donnant l’accès à la Grèce centrale le long de la mer Égée. Ils devaient donc combattre jusqu’au sacrifice pour laisser aux Grecs le temps d’organiser leur défense. De nos jours, l’histoire étant un éternel recommencement, un tel scénario est en cours d’écriture à l’aide du sang dans l’Est de la République Démocratique du Congo.
Le symbole de la résistance congolaise
Après les drames occasionnés quelques années plus tôt par des criminels à l’instar de Laurent Nkunda, Bosco Ntaganda et toute la bande d’affreux des Grands Lacs africains, la partie orientale de la République Démocratique du Congo est à feu et à sang. Elle est livrée à la même occasion au pillage des ressources naturelles comme le coltan, l’or, le diamant... Mine de rien, l’occupation d’une partie de la région du Kivu par les éléments de l’armée rwandaise sous l’étiquette du Mouvement du 23 mars (M23) semble peu à peu éveiller le patriotisme congolais. Cette opération est en train de se transformer, au fil des jours, en un symbole de la résistance face aux envahisseurs. En effet, malgré la présence dans le territoire congolais des supplétifs du Rwanda à l’issue des prises des agglomérations de Walikale, Minembwe..., les populations locales tiennent à tout prix à sauvegarder leur souveraineté. De plus, les patriotes résistants étant devenus invisibles, le champ de bataille s’est élargi au-delà du simple affrontement classique entre groupes armés. Ces civils ont donc privilégié la résilience. Ne disposant pourtant d’aucun armement sophistiqué, contrairement aux ennemis, ils sont spirituellement motivés par la mémoire de leurs compatriotes morts pour la Patrie et par le souvenir du sang encore chaud des Congolais de souche injustement versé.
Des intrépides soldats de l’ombre
Envahir une terre étrangère est une chose, mais s’y maintenir longtemps en est une autre. La motivation n’est jamais la même selon que l’on défend la terre de ses aïeux, ou que l’on occupe un pays tiers. Les Français et les Belges, dont les sols avaient été confisqués par l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale, en savent quelque chose. Comme jadis en France, intégrant un bon nombre de mouvements et réseaux clandestins, les résistants ont décidé de poursuivre la lutte contre l’Axe du mal et ses relais collaborationnistes sur le territoire congolais jusqu’à la Libération totale des régions du Kivu et de l’Ituri. Composés d’hommes et de femmes Wazalendo, d’éléments du groupe armé Makanika…, ces vaillants résistants estiment, à juste titre, illégitime sur leurs terres la présence des troupes étrangères non invitées. Ces soldats de l’ombre, qui sont défavorables à l’expansion territoriale du Rwanda, s’opposent de facto à la balkanisation de la République Démocratique du Congo.
La bravoure plutôt que la couardise
Que les envahisseurs aillent donc dire aux gouvernants rwandais, tel est à n’en pas douter le sens de l’ultime combat de ces combattants résistants, que les Congolais préfèrent la bravoure à la couardise, pis encore l’extermination à la cession de leur antre. De plus, en parallèle des actions conjointement menées par les troupes des Forces armées de la République Démocratique du Congo et des forces alliées, des citoyens congolais de tous horizons ont pris le maquis pour libérer les territoires occupés. Ils sont déterminés à en découdre, par une guerre à l’usure, avec les militaires rwandais sous la casquette du M23. En vainqueurs, dans un futur proche, ils s’afficheront avec patriotisme dans les rues de Goma et Bukavu, et celles d’autres contrées occupées. Ils porteront plus haut l’étendard de la dignité nationale…
La sécurité intérieure et la paix régionale
C’est seulement en restant unies par le sort et dans l’effort pour la souveraineté que les populations congolaises garderont la tête haute. Ce n’est que de cette façon qu’elles deviendront un peuple respecté et libre. Elles devront enfin dresser leurs fronts longtemps courbés par l’oppression et le mépris. Ainsi prendront-elles pour de bon le plus bel élan en vue de la sécurisation et de la grandeur du territoire national, ainsi que d’une paix durable dans la région des Grands Lacs africains. D’ailleurs, les gouvernants rwandais auraient tort d’avoir la mémoire aussi courte, la symbolique du rocher de Kamegeli devant en principe leur rappeler, d’une manière ou d’une autre, les conséquences d’une tyrannie.
lundi 3 février 2025
Combats à Goma, Gaspard-Hubert Lonsi Koko : « Un front patriotique contre les agresseurs s’impose »
En dépit des initiatives régionales engagées par la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE) et la Communauté de Développement de l’Afrique Australe (SADEC), les combats semblent se poursuivre pour le contrôle de Goma, la capitale du Nord-Kivu, entre les Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) et les rebelles du M23 soutenus par le Rwanda. La ville, meurtrie et chaotique, paraît livrée à elle-même. Elle a basculé dans l’horreur. Interrogée par Robert Kongo, notre correspondant en France, Gaspard-Hubert Lonsi Koko, écrivain, analyste politique et conférencier, livre son avis sur cette actualité brûlante en République Démocratique du Congo (RDC).
Goma, la capitale du Nord-Kivu, est le théâtre ces derniers jours de combats entre les Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) et les rebelles du M23 soutenus par les unités spéciales rwandaises. Quelle lecture faites-vous de cette situation ?
L’occupation d’une partie de la ville de Goma par des éléments de l’armée rwandaise sous l’étiquette M23 constitue la preuve de la déstabilisation de la région du Kivu sur ordre des forces négatives à travers le Rwanda. L’intervention armée de Kigali, sans cesse niée par le président Kagame, devrait ôter à ses alliés tout argument contraire à une implication étrangère en territoire congolais. La guerre vient d’être officiellement déclarée par les agresseurs. Et un tel défi doit être relevé par la RDC soit militairement sur le terrain, soit diplomatiquement en vue d’une désescalade conditionnée au retrait des agresseurs.
Comment expliquez-vous que le M23 et ses alliés rwandais arrivent à gagner les territoires aussi vite ?
Il faudrait appréhender les succès militaires du M23 et de son principal allié sous un prisme extracontinental, le président Kagame n’étant qu’un cynique mercenaire à la tête d’un État voyou au service d’une minorité qui s’octroie le monopole de la communauté internationale. Cette guerre dure parce que les autorités congolaises font confiance à des partenaires non sincères. Ces derniers financent, entre-temps, le Rwanda qui exécute les sales besognes à leur place. De plus, la déstabilisation de la région du Kivu leur permet de faire main basse, par procuration, sur les immenses richesses de la RDC.
L’occupation d’une partie de la ville de Goma par des éléments de l’armée rwandaise sous l’étiquette M23 constitue la preuve de la déstabilisation de la région du Kivu sur ordre des forces négatives à travers le Rwanda. L’intervention armée de Kigali, sans cesse niée par le président Kagame, devrait ôter à ses alliés tout argument contraire à une implication étrangère en territoire congolais. La guerre vient d’être officiellement déclarée par les agresseurs. Et un tel défi doit être relevé par la RDC soit militairement sur le terrain, soit diplomatiquement en vue d’une désescalade conditionnée au retrait des agresseurs.
Comment expliquez-vous que le M23 et ses alliés rwandais arrivent à gagner les territoires aussi vite ?
Il faudrait appréhender les succès militaires du M23 et de son principal allié sous un prisme extracontinental, le président Kagame n’étant qu’un cynique mercenaire à la tête d’un État voyou au service d’une minorité qui s’octroie le monopole de la communauté internationale. Cette guerre dure parce que les autorités congolaises font confiance à des partenaires non sincères. Ces derniers financent, entre-temps, le Rwanda qui exécute les sales besognes à leur place. De plus, la déstabilisation de la région du Kivu leur permet de faire main basse, par procuration, sur les immenses richesses de la RDC.
Le mercredi 29 janvier, le président de la République, Félix Tshisekedi, s’est exprimé sur la situation à Goma. Comment avez-vous apprécié son adresse à la nation ?
Beaucoup de compatriotes ont vu dans la prestation télévisée du président Tshisekedi un message d’espoir, tandis que d’autres sont restés indifférents. Le patriotisme voudrait pourtant que nous nous conformions à la recommandation du garant de l’intégrité territoriale qu’est le Chef de l’État. Une portion du pays étant occupée, nous devons dépasser les divergences internes en vue de l’unité nationale et de la sauvegarde de l’intégrité territoriale. Face à cet état de fait, un front patriotique contre les agresseurs s’impose. C’est pourquoi, l’appel à l’unité nationale lancée par le président Tshisekedi, aussi tardif soit-il, relève du bon sens. Le pays est militairement assailli, et ce n’est plus le moment d’attiser le feu. Ne pas répondre favorablement à cette incitation patriotique, c’est cautionné la balkanisation et la soumission des populations congolaises à une volonté extérieure. La souveraineté est inséparable de l’intangibilité territoriale. La patrie, nous devons la sentir à tout moment dans nos veines.
Beaucoup de compatriotes ont vu dans la prestation télévisée du président Tshisekedi un message d’espoir, tandis que d’autres sont restés indifférents. Le patriotisme voudrait pourtant que nous nous conformions à la recommandation du garant de l’intégrité territoriale qu’est le Chef de l’État. Une portion du pays étant occupée, nous devons dépasser les divergences internes en vue de l’unité nationale et de la sauvegarde de l’intégrité territoriale. Face à cet état de fait, un front patriotique contre les agresseurs s’impose. C’est pourquoi, l’appel à l’unité nationale lancée par le président Tshisekedi, aussi tardif soit-il, relève du bon sens. Le pays est militairement assailli, et ce n’est plus le moment d’attiser le feu. Ne pas répondre favorablement à cette incitation patriotique, c’est cautionné la balkanisation et la soumission des populations congolaises à une volonté extérieure. La souveraineté est inséparable de l’intangibilité territoriale. La patrie, nous devons la sentir à tout moment dans nos veines.
« Une riposte vigoureuse et coordonnée est en cours », a-t-il dit. Pensez-vous que les FARDC soient vraiment motivées à mener cette guerre ?
Il n’est donc pas du tout impossible de récupérer les territoires occupés par les assaillants, dès lors que le masque est enfin tombé. Nous avons seulement perdu une bataille, et non la guerre. Si nos forces armées ne passent pas à l’offensive, elles perdront la guerre et le pays sera démembré. Les FARDC sont contraintes de rester motivées. Elles ont besoin du soutien populaire, et le gouvernement doit tout mettre en œuvre pour qu’elles montent davantage en puissance.
Selon vous, qu’est-ce qui explique la faiblesse des FARDC sur le plan militaire ?
Certains pensent que le programme DDR a fragilisé les structures des FARDC, puisque cela a permis l’infiltration, en son sein, des éléments favorables à l’expansionnisme rwandais au détriment de la RDC. La coexistence des criminels et des victimes dans notre armée ne pouvait qu’être contreproductive. Cela explique la connaissance par les agresseurs des positions et intentions des FARDC sur le champ des opérations. Cette mauvaise expérience devra inciter, à l’avenir, à une synthèse entre une armée de conscription et celle de métier.
Comprenez-vous que le président Tshisekedi ne se soit pas rendu à l’appel du président de la République du Kenya, président en exercice de l’East African Community (EAC), William Ruto, pour échanger sur la crise sécuritaire dans l’Est de la RDC ?
Les avis sont partagés, s’agissant du refus du président Tshisekedi de se rendre à Nairobi. Rappelons que le bourreau de Kigali a récemment refusé de rencontrer son homologue congolais à Luanda dans le cadre des négociations supervisées par le président João Lourenço en vue de parvenir à la paix. Il a ensuite défié la communauté internationale, en poussant l’offensive jusqu’à Goma. Et, dans la foulée, on convoque manu militari le président congolais au Kenya pour lui imposer le dialogue avec le M23. Le refus du président Tshisekedi à l’initiative de son homologue William Ruto doit plutôt être interprété comme la volonté de faire face à l’agression dont est victime la RDC. Le fait de s’y rendre aurait été considéré comme un aveu d’impuissance. Non, il n’y aura pas d’armistice ni de capitulation. Nous avons le droit de nous défendre en contre-attaquant. La guerre finira, s’il le faut, d’où elle est partie. Ne sombrons pas dans la division. Ne trahissons jamais la patrie ! Que le drapeau ne tombe pas !
Peut-on chanter le requiem du processus de Luanda ?
Il y a une volonté manifeste de la part du Rwanda, de l’Ouganda et du Kenya de torpiller le processus de Luanda au profit de celui de Nairobi. L’heure n’étant plus au jeu de cache-cache sur le plan diplomatique, la RDC devrait quitter la Communauté d’Afrique de l’Est. Et, comme membre de la SADC, l’Angola devrait intervenir militairement aux côtés des FARDC et non continuer à endosser le rôle de l’arbitre non désiré. L’heure n’est plus au dogme du ni-ni.
Comment expliquez-vous la passivité de l’Union européenne (UE) et de l’Union africaine (UA) à ce sujet ?
Le receleur n’avait aucune raison de dénoncer les crimes commis par le gardien de ses intérêts dans la région des Grands Lacs africains. Maintenant qu’il n’y a plus anguille sous roche, on verra bien si l’Union européenne va changer ou maintenir son positionnement propre au statu quo. Quant à l’Union africaine, nul n’ignore son financement par l’institution européenne. Par conséquent, elle est à la botte de celle-ci. Il faudrait réfléchir sérieusement au renforcement du panafricanisme, voie salutaire pour un continent autonome.
Présidente du groupe Rassemblement national (RN) à l’Assemblée nationale de France, Marine Le Pen, exige la dissolution du mariage Rwanda –UE. Elle accuse l’Union européenne d’être le « receleur du pillage du Rwanda en RDC ». Qu’en pensez-vous ?
Il est difficile de mettre en cause les déclarations de madame Marine Le Pen. Elle sait forcément de quoi elle parle. Quand un poisson révèle ce qui se passe dans un cours d’eau, celui qui ne s’y aventure pas ne peut que l’écouter et prendre ses dispositions. Cela peut par exemple se traduire, en guise de prévention salvatrice, par la sortie de la RDC de la Francophonie, l’adhésion aux BRICS ou le développement du partenariat Sud-Sud.
Comment interprétez-vous l’inquiétude qui gagne la ville de Kinshasa avec le saccage des Ambassades occidentales et africaines pour cibles ?
Sans cautionner la violence et au-delà de la peur de l’avancée du Rwanda par l’entremise du M23, on peut expliquer cette attitude comme une pression exercée sur la communauté internationale pour l’inciter à se ranger du côté des justes. La réaction des Kinois, me semble-t-il, constitue une adresse à l’égard des décideurs internationaux. C’est une façon de montrer au monde entier, à une petite échelle, les prémices de la violence que pourront connaître l’Afrique centrale et celle de l’Est, si jamais le Rwanda persiste à se maintenir sur le sol congolais.
Les « sanctions ciblées » exigées par la RDC contre le Rwanda devant le Conseil de sécurité de l’ONU seraient-elles efficaces pour stopper l’agression dont le pays est victime de la part du Rwanda ?
Dès lors que le dessous des cartes est connu, les commanditaires ne peuvent plus continuer de s’abriter derrière la mauvaise foi. Le bénéfice du doute, argument sans cesse évoqué pour maintenir le statu quo, ne profite plus au Rwanda. Le fait de prendre des sanctions contre les autorités rwandaises et de décider le retrait immédiat des éléments du M23 et du FPR permettra enfin, espère-t-on, au Conseil de sécurité des Nations unies de contribuer à la pacification de la région des Grands Lacs africains. Cela dépendra donc de la nature des sanctions qui devront frapper aussi les entreprises concernées par les minerais de sang. Les Congolais ne pardonneront pas tant que les auteurs des crimes de guerre et crimes contre l’Humanité ne seront condamnés soit par un Tribunal pénal international, soit à l’issue d’une justice transitionnelle. La paix régionale ne sera pas garantie sans la démilitarisation du Rwanda.
D’après-vous, comment sortir de cette crise sécuritaire dans l’Est de la RDC qui dure depuis 30 ans ?
La balle est dans le camp de la classe politique et des forces vives de la RDC. L’unité nationale ne s’obtiendra pas par l’exclusion des Congolais d’origine du fait de la détention d’une citoyenneté étrangère, ni d’ailleurs par le tribalisme dans les institutions étatiques, encore moins par le tripatouillage de la Constitution dans l’optique d’un pouvoir à vie. Pour sortir de l’insécurité qui risque d’hypothéquer l’existence de notre pays, nous devons nous doter d’une armée performante et patriotique, d’une police et d’une gendarmerie républicaines, d’une classe politique à la hauteur des défis en cours et au service d’un peuple réellement souverain.
Propos recueillis par Robert Kongo (CP)
© EcoNews
Il n’est donc pas du tout impossible de récupérer les territoires occupés par les assaillants, dès lors que le masque est enfin tombé. Nous avons seulement perdu une bataille, et non la guerre. Si nos forces armées ne passent pas à l’offensive, elles perdront la guerre et le pays sera démembré. Les FARDC sont contraintes de rester motivées. Elles ont besoin du soutien populaire, et le gouvernement doit tout mettre en œuvre pour qu’elles montent davantage en puissance.
Selon vous, qu’est-ce qui explique la faiblesse des FARDC sur le plan militaire ?
Certains pensent que le programme DDR a fragilisé les structures des FARDC, puisque cela a permis l’infiltration, en son sein, des éléments favorables à l’expansionnisme rwandais au détriment de la RDC. La coexistence des criminels et des victimes dans notre armée ne pouvait qu’être contreproductive. Cela explique la connaissance par les agresseurs des positions et intentions des FARDC sur le champ des opérations. Cette mauvaise expérience devra inciter, à l’avenir, à une synthèse entre une armée de conscription et celle de métier.
Comprenez-vous que le président Tshisekedi ne se soit pas rendu à l’appel du président de la République du Kenya, président en exercice de l’East African Community (EAC), William Ruto, pour échanger sur la crise sécuritaire dans l’Est de la RDC ?
Les avis sont partagés, s’agissant du refus du président Tshisekedi de se rendre à Nairobi. Rappelons que le bourreau de Kigali a récemment refusé de rencontrer son homologue congolais à Luanda dans le cadre des négociations supervisées par le président João Lourenço en vue de parvenir à la paix. Il a ensuite défié la communauté internationale, en poussant l’offensive jusqu’à Goma. Et, dans la foulée, on convoque manu militari le président congolais au Kenya pour lui imposer le dialogue avec le M23. Le refus du président Tshisekedi à l’initiative de son homologue William Ruto doit plutôt être interprété comme la volonté de faire face à l’agression dont est victime la RDC. Le fait de s’y rendre aurait été considéré comme un aveu d’impuissance. Non, il n’y aura pas d’armistice ni de capitulation. Nous avons le droit de nous défendre en contre-attaquant. La guerre finira, s’il le faut, d’où elle est partie. Ne sombrons pas dans la division. Ne trahissons jamais la patrie ! Que le drapeau ne tombe pas !
Peut-on chanter le requiem du processus de Luanda ?
Il y a une volonté manifeste de la part du Rwanda, de l’Ouganda et du Kenya de torpiller le processus de Luanda au profit de celui de Nairobi. L’heure n’étant plus au jeu de cache-cache sur le plan diplomatique, la RDC devrait quitter la Communauté d’Afrique de l’Est. Et, comme membre de la SADC, l’Angola devrait intervenir militairement aux côtés des FARDC et non continuer à endosser le rôle de l’arbitre non désiré. L’heure n’est plus au dogme du ni-ni.
Comment expliquez-vous la passivité de l’Union européenne (UE) et de l’Union africaine (UA) à ce sujet ?
Le receleur n’avait aucune raison de dénoncer les crimes commis par le gardien de ses intérêts dans la région des Grands Lacs africains. Maintenant qu’il n’y a plus anguille sous roche, on verra bien si l’Union européenne va changer ou maintenir son positionnement propre au statu quo. Quant à l’Union africaine, nul n’ignore son financement par l’institution européenne. Par conséquent, elle est à la botte de celle-ci. Il faudrait réfléchir sérieusement au renforcement du panafricanisme, voie salutaire pour un continent autonome.
Présidente du groupe Rassemblement national (RN) à l’Assemblée nationale de France, Marine Le Pen, exige la dissolution du mariage Rwanda –UE. Elle accuse l’Union européenne d’être le « receleur du pillage du Rwanda en RDC ». Qu’en pensez-vous ?
Il est difficile de mettre en cause les déclarations de madame Marine Le Pen. Elle sait forcément de quoi elle parle. Quand un poisson révèle ce qui se passe dans un cours d’eau, celui qui ne s’y aventure pas ne peut que l’écouter et prendre ses dispositions. Cela peut par exemple se traduire, en guise de prévention salvatrice, par la sortie de la RDC de la Francophonie, l’adhésion aux BRICS ou le développement du partenariat Sud-Sud.
Comment interprétez-vous l’inquiétude qui gagne la ville de Kinshasa avec le saccage des Ambassades occidentales et africaines pour cibles ?
Sans cautionner la violence et au-delà de la peur de l’avancée du Rwanda par l’entremise du M23, on peut expliquer cette attitude comme une pression exercée sur la communauté internationale pour l’inciter à se ranger du côté des justes. La réaction des Kinois, me semble-t-il, constitue une adresse à l’égard des décideurs internationaux. C’est une façon de montrer au monde entier, à une petite échelle, les prémices de la violence que pourront connaître l’Afrique centrale et celle de l’Est, si jamais le Rwanda persiste à se maintenir sur le sol congolais.
Les « sanctions ciblées » exigées par la RDC contre le Rwanda devant le Conseil de sécurité de l’ONU seraient-elles efficaces pour stopper l’agression dont le pays est victime de la part du Rwanda ?
Dès lors que le dessous des cartes est connu, les commanditaires ne peuvent plus continuer de s’abriter derrière la mauvaise foi. Le bénéfice du doute, argument sans cesse évoqué pour maintenir le statu quo, ne profite plus au Rwanda. Le fait de prendre des sanctions contre les autorités rwandaises et de décider le retrait immédiat des éléments du M23 et du FPR permettra enfin, espère-t-on, au Conseil de sécurité des Nations unies de contribuer à la pacification de la région des Grands Lacs africains. Cela dépendra donc de la nature des sanctions qui devront frapper aussi les entreprises concernées par les minerais de sang. Les Congolais ne pardonneront pas tant que les auteurs des crimes de guerre et crimes contre l’Humanité ne seront condamnés soit par un Tribunal pénal international, soit à l’issue d’une justice transitionnelle. La paix régionale ne sera pas garantie sans la démilitarisation du Rwanda.
D’après-vous, comment sortir de cette crise sécuritaire dans l’Est de la RDC qui dure depuis 30 ans ?
La balle est dans le camp de la classe politique et des forces vives de la RDC. L’unité nationale ne s’obtiendra pas par l’exclusion des Congolais d’origine du fait de la détention d’une citoyenneté étrangère, ni d’ailleurs par le tribalisme dans les institutions étatiques, encore moins par le tripatouillage de la Constitution dans l’optique d’un pouvoir à vie. Pour sortir de l’insécurité qui risque d’hypothéquer l’existence de notre pays, nous devons nous doter d’une armée performante et patriotique, d’une police et d’une gendarmerie républicaines, d’une classe politique à la hauteur des défis en cours et au service d’un peuple réellement souverain.
Propos recueillis par Robert Kongo (CP)
© EcoNews
jeudi 19 octobre 2023
Mais quelle crédibilité pour les Nations Unies au Kivu ?
Conseil d’insécurité pour les faibles, ou syndicat des nations les plus puissantes ? En tout cas, beaucoup de rapports de l’Organisation des Nations Unies sont catégoriques. Les crimes commis dans la région du Kivu, en présence des militaires de la Monusco, pourraient officiellement constituer une assise solide en vue des poursuites devant la Cour pénale internationale (CPI).
La déstabilisation de la partie orientale de la République Démocratique du Congo relèverait-elle d’une guerre économique, que l’on ne souhaiterait surtout pas assumer publiquement ? S’agirait-il d’une sorte de recolonisation que l’on n’oserait pas reconnaître comme telle ? Le colonialisme serait-il de retour, sous d’autres aspects et dans des habits tout neufs ? Serait-il tout simplement question d’occupation ? Est-on en train d’assister, s’agissant de l’exploitation des enfants dans les mines du Kivu et des violences sexuelles, à une nouvelle forme d’esclavage ? Dans l’affirmative, pourrait-on évoquer l’irresponsabilité des Congolais, en particulier, et la complicité des Africains, en général, au même titre que celles de quelques-uns de leurs aînés durant la traite négrière ?
La tentative de balkanisation de la République Démocratique du Congo ne pourrait qu’inciter plus d’un observateur à s’interroger sérieusement sur le véritable rôle, voire l’efficacité, des troupes onusiennes dans la région des Grands Lacs africains. Pour éviter la transformation du Kivu et de l’Ituri en une zone de non-droit, où tout le monde pourrait se procurer les minerais de sang à moindres frais, l’autorité de l’État congolais devrait être rétablie dans le plus court délai sur l’ensemble du territoire national.
Titre : Mais quelle crédibilité pour les Nations Unies au Kivu ?
Auteur : Gaspard-Hubert Lonsi Koko
Éditeur : L’Atelier de l’Égrégore
La déstabilisation de la partie orientale de la République Démocratique du Congo relèverait-elle d’une guerre économique, que l’on ne souhaiterait surtout pas assumer publiquement ? S’agirait-il d’une sorte de recolonisation que l’on n’oserait pas reconnaître comme telle ? Le colonialisme serait-il de retour, sous d’autres aspects et dans des habits tout neufs ? Serait-il tout simplement question d’occupation ? Est-on en train d’assister, s’agissant de l’exploitation des enfants dans les mines du Kivu et des violences sexuelles, à une nouvelle forme d’esclavage ? Dans l’affirmative, pourrait-on évoquer l’irresponsabilité des Congolais, en particulier, et la complicité des Africains, en général, au même titre que celles de quelques-uns de leurs aînés durant la traite négrière ?
La tentative de balkanisation de la République Démocratique du Congo ne pourrait qu’inciter plus d’un observateur à s’interroger sérieusement sur le véritable rôle, voire l’efficacité, des troupes onusiennes dans la région des Grands Lacs africains. Pour éviter la transformation du Kivu et de l’Ituri en une zone de non-droit, où tout le monde pourrait se procurer les minerais de sang à moindres frais, l’autorité de l’État congolais devrait être rétablie dans le plus court délai sur l’ensemble du territoire national.
Titre : Mais quelle crédibilité pour les Nations Unies au Kivu ?
Auteur : Gaspard-Hubert Lonsi Koko
Éditeur : L’Atelier de l’Égrégore
Pagination : 268
Poids : 281 g
Prix : 20,10 € + 5,00 € (frais d'envoi)Acheter ce livre : https://pay.sumup.com/b2c/QCI0P37A
Et alors, mon maréchalchal ?
Il est tout à fait inconcevable, du moins pour l’observateur averti, de vouloir mieux préparer le futur et maîtriser le présent sans connaître le passé. Les trente-deux années, qui ont émaillé la présidence du maréchal Mobutu Sese Seko, ont fatalement été à l’origine d’immenses difficultés auxquelles est confrontée, à n’en pas douter, la République Démocratique du Congo. Ainsi l’auteur interpelle-t-il, à travers un dialogue d’outre-tombe, l’homme à la toque en peau de léopard dans le cadre du bilan du mobutisme. Ce mystérieux acte d’exorcisme politique est indispensable, dans la conception bantoue, à la meilleure compréhension de toute problématique. Il constitue la thérapeutique idoine dans l’optique d’un Congo sécuritairement pacifié, socialement vivable, économiquement prospère et politiquement démocratique.
Puisse le parcours du président-maréchal servir de contre-modèle aux futures générations de femmes et d’hommes d’État africains.
Que cette longue expérience politique puisse donner du grain à moudre aux laboratoires d’idées et institutions politiques, quant aux éventuelles erreurs à proscrire dans la gestion de la chose publique et en matière de développement d’une nation. Puisse, enfin, les acteurs politiques congolais prendre conscience du défi à relever dans l’orientation de leur pays vers un avenir humaniste et davantage meilleur.
Puisse le parcours du président-maréchal servir de contre-modèle aux futures générations de femmes et d’hommes d’État africains.
Que cette longue expérience politique puisse donner du grain à moudre aux laboratoires d’idées et institutions politiques, quant aux éventuelles erreurs à proscrire dans la gestion de la chose publique et en matière de développement d’une nation. Puisse, enfin, les acteurs politiques congolais prendre conscience du défi à relever dans l’orientation de leur pays vers un avenir humaniste et davantage meilleur.
Titre : Et alors, mon maréchal ?
Auteur : Gaspard-Hubert Lonsi Koko
Genre : essai
Pagination : 342
Poids : 399 g
Prix : 23,99 € + 6,00 € (frais d'envoi)
Acheter ce livre : https://pay.sumup.com/b2c/QFDCE7Y9
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